Du plat de la main, je lisse ma robe tout en me contemplant dans le miroir de mon salon.
Y'a pas à dire, cette robe est splendide. Magnifique. Je l'adore déjà. C'est une robe rouge Liverpool (uhuhuhu j'adoore!), très courte au milieu des cuisses, avec des fines bretelles vaporeuses qui tombent sur mes bras et des volants ondulés dans le bas... Cette robe invite au baiser et met mon corps et ses courbes en valeur. Ce qui est sûr, c'est que ce Willy n'aura pas le droit de la toucher et encore moins de me l'enlever!
Je décide de laisser mes cheveux en liberté mais prends tout de même soin de glisser une fleur en soie dans mes cheveux, cela finalise mon look "d'Espagnole".
Un dernier coup d'oeil: je me trouve à croquer. Je me glisse dans mes escapins cerise tout en enfilant un léger voile noir. Je saisis ma pochette, dans laquelle j'ai à peine su glisser ma carte d'identité, ma carte de crédit (que je pense avoir vu saigner lorsque j'ai dû payer toutes ces folies... 250 ¤ tout de même!!!), mes clefs et mon portable.
Je me glisse derrière le volant de mon petit bolide et conduit le plus lentement possible jusqu'au restaurant "Les Yeux de l'Amour". Moche nom, quand même! En fait non, c'est pas que c'est moche, c'est que c'est pas approprié pour mon rendez-vous ce soir.
Je passe devant le restaurant. Mmmm... Pas mal. Le petit a décidé de m'impressioner. Il a choisi un restaurant qui casque. Bon, je m'en fous, c'est lui qui paie!
Pfffiou... Je finis par trouver une place de parking... Et je me dirige vers le restaurant. Sur le chemin, je me fais rattaper par un beau jeune homme qui me dit avant de me dépasser: "faites attention jolie demoiselle, vous allez perdre votre écharpe!". Je le regarde me dépasser tout en me disant que je l'ai déjà vu quelque part... ça ne me revient pas. Tant pis, ce ne doit pas être important. Surtout qu'il ne sait pas faire la différence entre une bête écharpe et mon splendide voile! Bien un homme, ça!
Je le vois se diriger vers le restaurant. D'un seul coup, il s'arrête, cherche quelque chose dans sa poche et en sort un portable auquel il répond rapidement.
Je le rattrape. J'arrive devant l'entrée du restaurant. Le portier me regarde passer sans un mot. J'entre, mal assurée. Je le connais pas ce restaurant! Soudain, un homme m'interpelle: "Mademoiselle! Mademoiselle!".
Mais quoi?????
"Mademoiselle, j'ai besoin de votre nom!" me dit le Maître d'Hôtel.
Heu... Entre temps, le jeune homme de dehors est entré et glisse rapidement un "Mister Agger" au Maître d'Hôtel qui coche une case et lui sourit plus que poliment. Il est gay ou quoi??
"Heu... Moi, c'est Vanhatenhoven. Théoriquement, Monsieur... heu... heu...." purée... Comment il s'appelle ce con??? "heu... Willy m'attend à l'intérieur" dis-je bêtement.
"Vanhatenhoven? Vous n'êtes pas Danoise, vous!" me lance le Maître d'Hôtel tout en riant.
"Non, non.... Mais j'adore votre pays" répondis-je encore plus bêtement... Il doit bien s'en foutre que j'aime son pays!
"Veuillez me suivre, s'il vous plaît" me dit-il pour toute réponse.
Je le suis dans le splendide couloir tout en marbre. Il me mène ensuite dans une magnifique salle éclairée par des lustres en cristal qui diffusent une lumière tamisée et romantique. La moquette rouge étouffe mes pas pendant que je me dirige vers la table que me désigne le Maître d'Hôtel.
Personne. Cet abruti est en retard alors que je me suis déjà fatiguée à arriver un quart d'heure plus tard que l'heure prévue.
Je m'installe tout en prenant soin de rajuster ma robe. Je m'accoude à la table tout en jetant un regard émerveillé autour de moi. Ce restaurant est vraiment splendide. Je me croirais presque dans un palais. Distraite, j'examine les tables autour de moi et les personnes qui s'y trouvent. Que des gens biens, endimanchés jusqu'aux oreilles. Une femme grassouillette, toute de bleu vêtue, rit à gorge déployée tout en jetant une main couverte de bagues étincellantes sur l'épaule de son voisin de table.
A la table dans la diagonale gauche de la mienne, je remarque "Mister Agger" assis seul à une table. Il a commandé du champagne. Au moins, je ne suis pas la seule à m'emmerder dans ce restaurant. Mais, lui, il a déjà du champagne!
J'attrape un serveur et lui commande un Martini Dry.
Agger, Agger... Mais où est-ce que j'ai déjà entendu ce nom? En plus, il est vraiment pas laid ce garçon. Sentant mon regard sur lui, il se retourne vers moi. Oups! Je lui fais un petit signe de la main, genre, c'était moi la cloche dans l'entrée. Je dois vraiment passer pour une conne. En plus, comme je suis toute seule, il doit penser que je me suis fait poser un lapin. pfff... Pitoyable.
Perdue dans mes pensées et dans mes contemplations, je ne m'aperçois même pas qu'un homme un peu rond et assez petit s'est approché de ma table.
"Tiffany, je présume?"
Je me retourne brusquement. Je le regarde. Evidemment que je suis Tiffany. Qui voulait-il que ce soit d'autre??? Les hommes des fois, je te jure... C'est con!
Je me lève et lui tend la main.
"Enchantée de faire votre connaissance" répondis-je poliment. Tandis que je me levais, je sentais son regard, un peu lubrique, se poser sur moi. Beurk!
"Donc vous êtes une amie de Céline..." commence-t-il en s'asseyant bruyamment sur son siège. Il se mit à pousser des cuinnements bizarres tandis qu'il tentait d'avancer sa chaise pour se rapprocher de la table.
Hihihih! Je reprime un fou rire... Il est rouge de son effort!
"Oui, c'est ma meilleure amie" répondis-je pour ne pas laisser parraître mon envie de rire. Du coin de l'oeil, je vis une jeune femme brune s'approcher de mon bel inconnu. Il se lève pour l'accueillir et l'embrasse tendrement sur les lèvres. Pfff... Ma soirée est définitivement gâchée. Bon, peut-être que Willy est quelqu'un d'intéressant. Essayons.
"Parlez-moi un peu de vous, Willy. Quelles sont vos passions, vos centres d'intérêts?" lui demandais-je en terminant mon Martini. Déjà, je cherchais le serveur des yeux pour lui en commander un deuxième.
"Oui, bien sûr que j'ai des passions!" lance-t-il en riant d'un rire gras et tonitruant. (Froncement de nez pour moi... J'aime pas ça!) "Je suis un fan de Country et de tout ce qui s'y rapporte!".
HEIN???? ça existe encore ça? Non, mauvaise formulation: ça existe ça, en Europe et dans un pays civilisé???????
Je me force à ne pas écarquiller les yeux.
"La country, hein..." répètais-je comme pour mieux réaliser que je venais de tomber sur l'homme le plus ringard de ce pays.
Et là-dessus, il commence à me déblatérer l'histoire de la country et de m'expliquer quels sont les pas les plus adaptés pour les différentes chansons qu'il compte d'ailleurs me faire écouter quand on rentrera chez lui. Par ce qu'il compte me montrer sa collection de CD et de Santiags... Et il rit de nouveau... En fait, on devrait plutôt dire qu'il grogne plus qu'il rit.
MAIS QU'EST-CE QUE JE FOUS ICI????? ET POURQUOI CE PUTAIN DE SERVEUR N'EST PAS ENCORE LA??????
J'arrive à choper le serveur: un double Martini Dry SANS GLACE et avec beaucoup de Vodka, non, en fait mettez-moi une Vodka sèche et un Martini à côté. Puis si vous pouviez apporter les cartes rapidement, ce serait aimable de votre part. Non, en fait, si vous les apportez rapidement, je vous garantis un pourboire de minimum 15 ¤. Oui, le désespoir abat toutes les limites et surtout celles de mon compte en banque... Pauvre compte en banque....
"la country ait été décriée par certains critiques français comme étant la musique préférée de « l'Amérique conservatrice et blanche », elle est en réalité une musique dont les origines sont profondément métissées" continue Willy tout en s'animant et en frappant du poing sur la table.
D'ailleurs, c'est ce coup de poing qui me force à le détailler tandis que ses paroles passent au travers de ma tête aussi vite que le TGV sur la liaison Paris-Bruxelles.
C'est un homme rondouillet. Pour ne pas dire gras. Il porte un costume bleu ciel démodé légèrement pattes d'éléphant qui le boudine atrocement. En dessous, il a une chemise blanche avec de la dentelle. Je ne savais même pas que ça se vendait encore ce type de chemise. Autour de son col, il porte une de ces cravates de cow boy: les cordes avec un truc bizarre qui les maintien ensemble. Donc voilà... Ma blind date était un dingue des cow boys, des vaches, des santiags et de Georges Bush.... Pfff... La soirée risquait d'être longue même avec ce splendide verre de Vodka qui me regardait droit dans les yeux l'air de me dire "Bois-moi et ça ira mieux".
"La musique country, qui a des millions d'admirateurs dans le monde anglophone, reste assez peu connue en France mais se démocratise de plus en plus. La country est toutefois populaire dans le reste de l'Europe, notamment dans les pays scandinaves et en Allemagne.
Le siège de country se trouve à Nashville, dans le Tennessee. Le Grand Ole Opry de Nashville est le centre de représentations pour les artistes de country" blablate Willy tout en mordant bruyamment dans un crouton de pain. Comme il restait de la sauce dans son assiette et qu'il n'avait plus de pain, il décidé de lécher la sauce restante avec son index tout en continuant son discours.
Cela fesait 20 minutes que l'alcool avait commencé son fabuleux travail. Et cela fesait donc un peu plus de 20 minutes que son discours ne passait même plus la barrière de mes tympans.
Je regarde de nouveau la table de mon Mister Agger... Si beau dans son costume noir. Il regarde attentivement sa compagne tandis qu'elle lui parle. Il semble un peu triste ou bien c'est l'alcool qui me donne cette impression. Il baisse les yeux sur son assiette et pousse un soupir presque retenu. Mais moi j'eus l'impression qu'il était à côté de moi. J'avais chaud. OK, ça, c'est l'alcool.
En face de lui, la jeune femme s'anime de plus en plus. S'énerve même. Elle pointe son index sur lui brusquement. Ses cheveux bougent dans tous les sens. Mister Agger la regarde, tout déconfit presque penaud. Déçu, peut-être? Oui, on dirait de la déception sur ses traits. Elle s'agite encore et toujours. Faut que j'arrête de la regarder sinon elle va me donner envie de gerber!
Je tourne la tête vers Willy. Il suçotte négligemment ses doigts. Et dire que Céline me disait qu'il serait le futur père de mes enfants... Pour ça, faudrait que je le laisse me monter de dessus! Ce qui n'est pas gagné. Je suis à moitié saoûle mais je suis pas folle!
Sur la table d'à côté, Mister Agger semble s'expliquer auprès de sa miss... Je peux le voir parce qu'il a les paumes de mains vers le haut. Elle, d'un seul coup, elle se lève, jète sa serviette sur la table, attrape son sac et quitte brusquement le restaurant avec une démarche qui aurait dû défoncer le sol.
Je glousse. ça me fait marrer! Quelle scène! C'est moi qui devrais partir comme ça et pas elle! Elle a un mec splendide en face d'elle et elle lui jète limite sa serviette à la gueule! Franchement, y'a des gens qu'ont pas honte!
Moi, je dois supporter Mister Bean.
Je regarde de nouveau dans la direction de mon, je viens de le décider, futur compagnon de beuverie et plus si affinités. Il reste assis, impassible. Il commande même une nouvelle bouteille de champagne. Huhuhuhu, je commence à vraiment l'apprécier ce petit!
Je sens un tremblement dans ma table... Je retourne la tête, les yeux mi-clos (alcool, alcool quand tu nous tiens) et regarde mon adversaire, heu... compagnon de table. Il a une bizarre tête... Enfin, je veux dire encore plus que tout à l'heure. Bizarre ça. C'est moi qui bois et c'est lui qui doit gerber? Mmmm... Si ça pouvait toujours marcher comme ça.
Il se lève en s'excusant "je vais à cet endroit où même les rois vont seuls". Quoi? Il a vu le roi? Je pige plus rien.
Bon, ça va me fournir une occasion de m'enfouir à la table d'à côté...
Je l'aime bien ma baleine quand même!!